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Creil dans la GRande GUERRE

Dès la mobilisation générale, la ville de Creil change d’apparence : les hommes rejoignent leur régiment tandis que les bâtiments civils, les écoles et les usines sont reconvertis en hôpitaux militaires. Le 30 août 1914, les troupes du kaiser envahissent le département de l’Oise par le nord–est. Les civils fuient et les Alliés sont en retraite. Les derniers tirailleurs et soldats du 282e RI quittent Creil le 1er septembre. Face à la rapide progression allemande de part et d’autre de l’Oise, les troupes françaises du génie, restées en arrière, font sauter à la dynamite le pont de Creil le 2 septembre 1914 vers 13h30.

En coupant cette jonction, les Français compromettent le mouvement de conversion des troupes allemandes vers le sud-est du département. Malgré le repli français, dès leur arrivée, à 15h00, les troupes allemandes décident de mener des actions de représailles contre la ville en incendiant 50 immeubles rue Gambetta et sur son prolongement sur l’Ile, rue de la République.  Un immeuble sera aussi la proie des flammes quai d’Aramont. Les Allemands occuperont toute la ville dans la soirée.
Ils réquisitionnent alors deux cents civils pour creuser des tranchées derrière le cimetière, en bordure du plateau,  percent des meurtrières dans le mur de clôture du parc Rouher et abattent des arbres  pour soutenir leurs défenses.
Le 6 septembre, la contre-offensive alliée sur la Marne commence à produire ses effets et les troupes allemandes quittent Creil pour se replier vers le nord-est du département. La ville est définitivement libérée mais doit soigner les séquelles de cette occupation violente.

Au pont de barques construit provisoirement, succèdera un pont de bois puis un nouveau pont. Plaque tournante ferroviaire, ville d’hôpitaux militaires, Creil retrouve sa vocation industrielle au début de 1915 lorsque ses soldats, ouvriers spécialisés dans le civil, sont renvoyés dans leurs foyers pour travailler dans les usines reconverties pour la défense nationale. Mais en 1918, tandis que la bataille fait rage dans le nord et à l’est du département, la ville subit plusieurs bombardements aériens de ses structures industrielles (nuits du 4 au 5 juillet, du 21 au 22 juillet) occasionnant des destructions et la mort de militaires et de civils.

LISTE DES MORTS CIVILS DE CREIL

Alexandre Auguste
Fils d’André Alexandre et de Louis Desaimp, il est né 15 février 1857 à Nogent-sur-Oise.  Il était domicilié au 4, rue Gambetta à Nogent. Selon le rapport de l’audition d’Ernest Georges, adjoint au maire de Creil, on le trouve mort à Creil le 3 septembre 1914, au carrefour de la rue Gambetta et de la rue Carnot. Louis Fortin dira dans son audition : « Le 3 septembre au matin, j’ai vu, rue Gambetta, à une cinquantaine de mètres de la limite des territoires de Creil et de Nogent et en ace de la rue Carnot, le cadavre de M. Alexandre, étendu à terre ; il avait le crâne défoncé. La blessure avait certainement été produite par des coups de hache ou par des coups de crosse ». Le rapport départemental mentionne à Creil « 5 tués : Alexandre ayant 57 ans qui avait mis les Allemands en joue avec sa pipe ». Son nom ne figure sur aucun monument aux morts.

 

Brêche Auguste Hippolyte
44 ans. Fils de Jules Hippolyte Brêche et d’Arthémise Eugènie Michel, il est né à Paris (Xe) le 29 janvier 1871, il est noté cultivateur puis débitant de boissons. Recensé à Compiègne, il est dispensé de service militaire et passé dans les services auxiliaires pour cause de varices (AD60 RP831). Marié à Emma Vromman, il est domicilié au 86, quai d’Aramont à Creil. Son fils Marcel est mobilisé en 1914. Marchand de vins, il est noté tué le 2 septembre 1914 (on note parfois le 3). Le tome 1 des Rapports et procès-verbaux d’enquête de la commission instituée en vue de constater les actes commis par l’ennemi en violation du droit des gens (1915) relatent les circonstances de son décès : « Les Allemands entrent chez le sieur Brêche, débitant de boissons. Trouvant sans doute qu’il ne les sert pas assez vite, ils l’entraînent dans la cour de la dame Egasse, sa voisine, où un officier, qui l’accuse d’avoir tiré sur des soldats, ordonne, malgré ses dénégations, qu’il soit fusillé sur le champ. Mme Egasse essaye de faire fléchir les bourreaux, mais elle reçoit l’ordre brutal de se retirer. De la chambre où elle s’est rendue, elle entend les détonations et elle vit par la fenêtre le corps de Brêche étendu sur le sol. Quand elle est descendue, elle ne peut s’empêcher d’exprimer le chagrin qu’elle ressent. L’officier lui dit alors : « un homme mort, nous n’y faisons pas attention, on en voit tant ! d’ailleurs, partout où l’on tire sur nous, nous tuons et nous brûlons. » Ce résumé sera établi à partir des auditions d’Emma Vromman et de Mme Egasse du 21 novembre 1914. L’acte de décès d’Auguste Brêche indique qu’il a été tué quai d’Aramont, à Creil. Son nom figure sur le monument aux morts de Creil.

 

Couture Alice-Mathilde, née Mesny
46 ans, née à Longjumeau, concierge de l’Ecole Somasco (créée par l’industriel Charles Somasco), elle est l’épouse de Vincent Couture et la mère de deux fils mobilisés durant la Grande Guerre, Rémond (né en 1893, AD60 RP105) et Robert (né en 1896, AD60 RP1043). Elle est notée demeurant au 6, rue de l’Ecole Somasco. Elle décède victime d’un bombardement par avion sur Creil dans la nuit du 21 au 22 juillet 1918 (AD60  RP1920), écrasée dans la cave de la maison où elle s’était réfugiée avec son mari, sous le poids des décombres.
Ses obsèques ont eu lieu à l’église Saint-Médard de Creil le 1er août. Le Journal de Senlis du 4 août 1918 rapporte le discours de l’adjoint au maire de Creil, Ernest Georges : « C’est dans des moments terribles où le devoir de ma fonction me désigne pour remplir des actes bien pénibles, et, c’est avec une grande émotion qu’il m’échoit d’apporter à cette infortunée famille les condoléances sincères de la Municipalité et du conseil municipal tout entier, de M. le Sous Préfet et de M. Decroze, député, qui ont tenu à visiter l’emplacement où a été frappée cette malheureuse victime des avions ennemis, assassins des vieillards, des femmes et des enfants ; voilà leur fait d’armes. Il n’y a aucun doute, c’est pour se venger des échecs que leur font subir sur le front, nos admirables soldats qui, en ce moment nous conduisent à la victoire prochaine et nous font entrevoir la libération du territoire. Ayons confiance, comme avait confiance cette vaillante mère qui a su élever des fils dignes d’elle, et dont l’étoile du courage et de l’héroïsme brille sur leurs poitrines ; elle savait que ses fils la vengeraient. Aussi, je suis persuadé être l’interprète de la population creilloise tout entière en apportant en son nom et au mien, les sincères condoléances à cette honorable famille éplorée, et au chef de famille nos meilleurs vœux d’une prompte convalescence ». Son nom figure sur le monument aux morts de Creil.

 

Desjardins Laure
19 ans, réfugiée à Creil, demeurant au 74 faubourg de Senlis, morte le 18 octobre 1918 vers 21 heures de l’émotion provoquée par deux explosions de grenades lancées par deux militaires français rue Plessis-Pommeraye.

 

Gélée Victor Remus
47 ans. Fils de Joseph Edouard Gelée et d’Antoinette Mélanie Piétrequin, il est né le 17 février 1868 à Agnetz. Bûcheron domicilié à Liancourt, il est ajourné pour faiblesse en 1889 puis déclaré bon pour le service militaire en 1890. Il est incorporé le 15 novembre de la même année au 8e Bataillon de Chasseurs à Pied et reçoit un certificat de bonne conduite à la fin de son temps, puis rentre dans ses foyers le 19 septembre 1892. De passage à Creil le 2 septembre 1914, il est noté « fusillé par les Allemands lors de l’incursion ennemie » Allemands (AD60 RP805). Le tome 1 des Rapports et procès-verbaux d’enquête de la commission instituée en vue de constater les actes commis par l’ennemi en violation du droit des gens (1915) indique que des soldats allemands présents place Carnot font feu sur lui et le tue tandis, de l’autre côté de l’Oise, il tente de se sauver. Son acte de décès est dressé le 16 septembre 1914.  La mention Mort pour la France lui est attribuée le 2 novembre 1915. Son nom figure sur les monuments aux morts de Rantigny et de Liancourt.

 

Lérin Jeanne née Crayssac
Selon le Courrier de l’Oise du 7 juillet 1918 : « Femme de M. Lérin, ancien chef de bureau de préfecture, receveur buraliste des contributions indirectes, conseiller municipal de Creil, vient de succomber à Luzarches, des suites d’une maladie occasionnée par le bombardement. »

 

Muls Isidore
62 ans, originaire de Creil, ce maçon chef de chantier chez M. Godo, rejoint Cires-les-Mello durant l’été 1918 pour échapper aux bombardements sur la ville. C’est là qu’il trouve la mort, dans les décombres d’un des six vieux immeubles effondrés à la suite du bombardement aérien de la rue principale dans la nuit du 20 au 21 juillet 1918 (AD60 RP1920). Ses obsèques ont lieu à l’église Saint-Médard de Creil.

 

Odemer Frédéric Louis
43 ans. Fils de Frédéric Odemer et de Léa Rieulette (on note aussi Alphonsine) Aberhauser, il est né le 28 avril 1872 à Saint-Leu-d’Esserent. Il est aussi noté sous le nom « Odmer », ce plombier de profession devenu manouvrier demeure successivement à Montataire en 1892, Liancourt  en 1909 puis Cauffry (hameau de Soutraine) en 1913. Il est exempté du service militaire et versé dans les services auxiliaires en raison d’une cicatrice adhérente à la jambe droite à la suite d’une fracture (AD60 RP839). Le tome 1 des Rapports et procès-verbaux d’enquête de la commission instituée en vue de constater les actes commis par l’ennemi en violation du droit des gens (1915) relate les circonstances de son décès d’après l’audition d’Ernest George, adjoint au maire: « Un jeune homme, nommé Odmer, chargé d’un sac de riz, avait été amené de Liancourt jusqu’à Creil. En arrivant sur la place de l’église, exténué par la fatigue et par les mauvais traitements qu’il a endurés, il se débarrasse de son fardeau et tente de se sauver. Deux soldats l’ajustent et l’abattent. » Le rapport indique également : « Un nommé Leboeuf, qui avait été son compagnon de captivité, est mort à Creil, au bout de quelques jours, à la suite d’une blessure reçue en route ».  Il s’agit de Victor Eugène Leboeuf, né le 30 juillet 1873 à Laigneville. Soldat au 2e Escadron Territorial du Train des Equipages Militaires, il décède au 7, place Carnot le 11 septembre 1914 « des suites de blessures reçues à l’ennemi ». Son nom figure sur le monument aux morts de Cauffry, sur la plaque commémorative de l’église et sur le tableau commémoratif de la mairie.

 

Parent Amédée Guilin Joseph
49 ans. Fils de Jules et d’Artémise Magnier, il est né le 12 octobre 1866 à Barbery (Oise). Charretier de profession, il fait son service militaire de 1887 à 1890 en qualité de trompette (à partir de 1888). Noté rentier, son fils Armand (classe 1912) est mobilisé dans la marine en 1914. Amédée Parent est abattu le 3 septembre 1914 rue Victor-Hugo par le tir d’un uhlan tandis qu’il se sauve à leur vue. Son acte de décès mentionne comme lieu de décès « rue du Grand Ferré ». Une autre version indique qu’il a été tué dans la rue le 2 septembre 1914 à une distance de « sept à huit pas : le malheureux est tombé raide atteint en pleine poitrine. Quatre ou cinq Uhlans se sont précipités alors sur lui et l’ont fouillé » (Commission d’enquête de 1915). Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Creil (Demilly et al, Les morts du Monuments de la Paix – Creil 14-18, 2018).

 

Pastran Hippolyte
64 ans. Fils de Hubert Pastran et de Françoise Jot, il est né le 16 juillet 1848 à Creil. Domicilié à Creil, veuf d’Alice Pavie, ses fils Charles (classe 1904) et Elie (classe 1917) seront mobilisés pendant la Grande Guerre. Bien qu’absent des publications évoquant les morts creillois lors du passage des Allemands en 1914, Hippolyte Pastran est recensé sur le registre des décès 1914-1922 de Creil comme étant décédé le 25 septembre 1914 à l’hôpital de Clermont n°2, rue des Finets (AD 403 Clermont et 224 Creil). Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Creil (Demilly Nathalie et al, Les morts du Monuments de la Paix – Creil 14-18, 2018).

 

Zenzinoff Madeleine
24 ans. Née en 1894, institutrice à l’école communale de Creil, bonne musicienne, tuée lors d’un bombardement de Paris qui crève la voûte et détruit le deuxième pilier de la façade latérale gauche de l’église Saint-Gervais le vendredi saint, 29 mars 1918. Cet obus de 210 tiré par un canon long allemand (le Pariser Kanone) tue 91 personnes et en blesse 68 autres. Un monument élevé dans l’église Saint-Gervais, à Paris, rappelle cette tragédie.